lundi 17 novembre 2008
L’interview exclusive de Sophie Vouzelaud
Par Elisa, lundi 17 novembre 2008 à 16:52 :: Interviews auteurs

Comment est née chez vous l’idée de cette autobiographie, et pour quelles raisons ?
Après le 9 décembre 2006 et mon titre de 1re dauphine à l’élection de Miss France où des millions de téléspectateurs ont découvert mon handicap et par là même m’ont désignée comme leur “Miss de cœur”, j’ai reçu de nombreuses propositions d’éditeurs, mais je les ai toutes refusées. J’ai décidé de raconter mon histoire grâce à Mariana Grepinet, journaliste à Paris Match, avec qui j’ai senti tout de suite, de grandes affinités. C’est elle qui m’a convaincue que mon témoignage pouvait aider à aller plus loin.
Comment gérez-vous votre passage de l’anonymat à la célébrité ?
Perturbée au début mais je finis par m’habituer. Maintenant, j’apprécie beaucoup le regard des gens envers moi d’une manière positive, alors qu’auparavant ce n’était pas le cas.
Et justement, pour vous, la célébrité ça veut dire quoi ?
La possibilité de soutenir les personnes ayant un handicap et surtout de les conduire vers le chemin de l’accessibilité qu’il faut soutenir et obtenir à tout prix.
Très médiatisée depuis un certain temps vous avez eu l’occasion de rencontrer de nombreux acteurs de la scène médiatique, culturelle et même politique (Xavier Bertrand pour exemple). S’il y avait une personne publique que vous souhaiteriez encore rencontrer, ce serait laquelle ?
Le président de la République évidemment. Nicolas Sarkozy peut faire beaucoup pour la cause que je défends.
Et que lui demanderiez-vous ?
De prendre les mesures nécessaires pour que toute personne ayant un handicap ait la possibilité d’avoir la même chance que les autres pour trouver sa place dans notre société sans avoir à se heurter à la discrimination.
Revenons sur votre enfance et votre adolescence…Quand et comment pour la première fois avez-vous pris conscience, et dans quelles circonstances, de votre handicap ?
Quand on naît sourd, on ne sait pas ce que c’est que d’entendre. Donc on n’en souffre pas. On reste bien paisible dans son cocon. Et puis il y a le moment où quelqu’un se moque de vous. Et qu’on vous fait sentir votre différence. Et là, c’est terrible. En classe, certaines filles riaient parce que je parlais “comme un singe”… Horrible pour une ado !
Pour vous, être malentendante, et pour parler plus crûment être sourde, ça veut dire quoi ?
Je préfère le mot sourde à celui de malentendante, je l’assume. Ce n’est pas contre le handicap que je m’insurge mais par rapport à l’accessibilité aux informations qui nous est toujours si difficile. Je vous donne un exemple. Gamine, je ne comprenais rien aux dessins animés, je ne pouvais pas suivre les histoires car il n’y avait pas de sous-titres. Aujourd’hui, je tiens ma revanche, et tous ceux que j’achète, eh bien ils sont sous-titrés.
Est-ce que ça vous choque, vous met en colère ou vous blesse si l’on vous traite de “sourde” aujourd’hui ?
Non, au contraire, j’en suis fière et je le revendique.
Êtes-vous toujours convaincue que la surdité fait peur ?
Bien sûr, et c’est dommage. Mais le respect, l’égalité, la liberté d’expression, ça on ne doit surtout pas nous l’enlever.
Votre adolescence a-t-elle été réellement différente de celle des autres jeunes filles ?
Evidemment. Les sorties en boîte, la musique, et même les flirts, qu’est-ce que vous vouliez que ça me fasse ? Jusqu’au jour où j’ai rencontré Davy…
Parlons si vous le voulez bien de votre avenir maintenant. Professionnellement, vous êtes désormais dans l’univers de la mode, de la publicité. Mais après ?
On verra bien. Pour le moment je vis comme tout le monde. Et j’aime ça.
Et quelle place allez-vous réserver à vos activités associatives ? De quelle façon comptez-vous faire avancer la condition des personnes qui souffrent d’un handicap ?
Tant que les médias seront avec moi ce sera génial !
Au plan privé, vous avez longuement parlé de Davy, votre compagnon, dans votre livre, qui est malentendant comme vous. Si vous aviez plus tard des enfants souffrant du même handicap que ses deux parents comment réagiriez-vous et quelle méthode éducative préconiseriez-vous pour eux ? Langue des signes ou lecture sur les lèvres ?
Si mes futurs enfants étaient atteints de surdité je ne me demanderais pas pourquoi, mais je leur offrirais amour et respect pour qu’ils grandissent au mieux dans la vie. C’est tout. Pour moi l’idéal c’est être bilingue, c'est-à-dire l’apprentissage de la langue des signes et du français écrit en simultané. Si je souhaite que mon enfant apprenne à parler, des orthophonistes en dehors de l’éducation scolaire sont présents pour cela. Une personne sourde développe ses capacités visuelles et la langue des signes est parfaitement adaptée. Apprendre à lire sur les lèvres et communiquer vocalement avec les autres, c’est bien, mais savoir communiquer en langue des signes c’est plus adapté.
Bientôt 2009. Quels sont vos projets pour l’année à venir ?
Je laisse venir. Une bonne bouffée d’air frais, ça ne fait de mal à personne, et surtout pas à moi !
Prochain rendez-vous avec Sophie Vouzelaud : dimanche 30 novembre sur TF1 dans Attention à la marche avec Jean-Luc Reichmann qui a préfacé Miss et sourde !






